« L’autre n’existe pas immédiatement : il faut lui laisser une place ». Cette citation de Laurence Devillers, issue de son ouvrage « Être quelqu’un de bien », résume parfaitement l’essence de l’écoute

C’est dans la rencontre avec l’autre que nos interactions prennent de l’ampleur. Pour cela, il faut avoir conscience de l’autre, c’est-à-dire le percevoir avec suffisamment de clarté pour pouvoir en tenir compte dans nos actes.

Cela implique un certain degré d’élévation, de l’empathie, et de l’écoute. Il faut alors pouvoir faire preuve de patience et d’humilité.

Cela demande de suspendre temporairement ce que nous souhaitons affirmer de nous, afin de laisser pleinement la place à la compréhension de l’autre. Nous ne nous oublions pas. Nous revenons à nous après l’avoir écouté.

Souvent, dans un échange verbal, nous sommes bien trop impatients de prendre la parole. Parfois parce que c’est juste plus fort que nous, et nous ne pouvons pas nous retenir ; parfois encore pour montrer que nous avons raison et prouver que nous faisons bien. Mais cette attitude ne laisse pas la place à la compréhension de l’autre. Il n’a pas le temps d’exprimer complètement sa pensée.

Je vois trop souvent des gens qui, par volonté de bien faire, coupent la parole, parce qu’ils ont quelque chose de tellement important et urgent à dire. Ils ne prennent pas le temps d’observer, parce qu’ils pensent à ce qu’eux-mêmes veulent dire : « moi le premier ! ». Pressés de dire ou de conseiller, pressés de montrer, de prendre une place.

Ecouter l’autre,  c’est plus largement s’ouvrir à la possibilité de le voir au-delà de ce qu’il montre. Chacun de nous a un parcours de vie, des expériences qui lui sont propres et qui ont probablement façonnées sa manière d’être au monde et d’appréhender les interactions. Nous avons également en fonction des jours, notre état physique ou nos humeurs qui peuvent influer sur nos comportements. Certains peuvent se laisser happer plus facilement par ces modulations intérieures qui sont souvent provoquées par l’extérieur (notre environnement : les gens que nous avons croisés, les événements de vie, surcharge de travail, enfants fatigués, routes bondées, …).

Cela n’est pas toujours évident, car il faut faire cet effort d’aller à la rencontre de l’autre, pour balayer tous ces parasites qui peuvent venir brouiller les interactions. C’est pour cette raison que plus haut je dis que nous « mettons dans la balance ». Ce que nous pesons en réalité, c’est la possibilité d’entrer en relation avec impact, en contrepartie de l’effort que l’on va fournir.